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NOUS NE LÂCHERONS RIEN ......... …..GOLDA: le pessimisme est un luxe que le JUIF ne peut jamais se permettre

Australia
Joined May 2023
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🔴 🇫🇷 ⚡️ | PRÉSIDENTIELLES 2027 > Rima Hassan au Bourget : « Nous sommes tous des enfants de Gaza.» Lors du meeting de Jean-Luc Mélenchon ce samedi au Bourget, Rima Hassan a réaffirmé la ligne géopolitique radicale de La France Insoumise, dénonçant une France jugée « complice du génocide », l'eurodéputée a placé la cause palestinienne au centre de la rhétorique électorale du mouvement, accusant les autorités de criminaliser le militantisme anti-colonisation. Dans un discours articulé autour de la lutte contre les « prédations impérialistes », elle a élargi son soutien à plusieurs théâtres de crise (Ukraine, Liban, Soudan, Haïti), affirmant incarner le « bon côté de l'histoire ». Un avenir en commun, qui confirme la centralité d’Israel dans les thèmes internationaux et de la contestation du droit a l’existence d’un Etat juif dans la pré-campagne présidentielle de LFI. #LFI #RimaHassan #Melenchon #Geopolitique #Presidentielle2027
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❗️ [ 🇫🇷 FRANCE ] 🔸 Le meeting de Jean-Luc Mélenchon au Bourget a été perturbé par des militants du collectif « Nous Vivrons », qui ont brandi des pancartes portant le message : « L’antisémitisme n’est pas un projet de société ».
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🇺🇸🇮🇷 IRAN : LE CIEL S'ILLUMINE. Des explosions spectaculaires filmées sur l'île de Qeshm, visée par des frappes américaines. Washington frappe. Téhéran menace.
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🇺🇸🇮🇷 IRAN : LE CIEL S'ILLUMINE. Des explosions spectaculaires filmées sur l'île de Qeshm, visée par des frappes américaines. Washington frappe. Téhéran menace.
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La réponse ne saurait être unique, et il faut se garder ici de cette facilité que l’on reproche précisément aux autres : l’histoire coloniale européenne, la puissance des images, l’importance géopolitique du Moyen-Orient, la présence de populations juives et musulmanes importantes dans les sociétés occidentales, la mémoire de la Shoah, les héritages de la décolonisation et la diffusion mondiale de la cause palestinienne jouent évidemment leur rôle, et prétendre réduire cette mobilisation à une survivance de l’antisémitisme serait une sottise symétrique de celle qui consiste à prétendre que l’histoire de l’antisémitisme n’y joue jamais aucun rôle. -Mais il serait tout de même curieux, et même historiquement extravagant, que deux millénaires de représentations occidentales du Juif ne comptassent soudain pour rien dès lors qu’il est question de l’État juif. C’est précisément ce que Poliakov nous oblige à considérer, lui qui nous apprend que les grandes représentations collectives ne disparaissent pas lorsque disparaissent les croyances qui les ont fait naître, mais qu’elles migrent, se métamorphosent, changent de vocabulaire et de justification, au point qu’une société peut reproduire une structure ancienne tout en étant persuadée d’avoir rompu radicalement avec elle. -C’est peut-être même la forme la plus parfaite de la survivance idéologique : celle qui ignore son propre passé et se présente comme son contraire. -Notre époque se croit immunisée contre l’ancien antisémitisme précisément parce qu’elle en connaît les conséquences monstrueuses ; elle ne parlerait plus de peuple déicide, ne représenterait plus le Juif sous les traits grotesques des sculptures médiévales, condamne officiellement les théories raciales, commémore les victimes de la Shoah, enseigne Auschwitz dans ses écoles et multiplie les déclarations solennelles contre l’antisémitisme, comme si la connaissance du crime garantissait automatiquement contre la répétition de certains mécanismes qui l’avaient rendu possible. -Mais l’Histoire ne revient jamais avec les mêmes vêtements, faute de quoi elle serait beaucoup trop facile à reconnaître. La question véritable n’est donc pas de savoir si l’Israélien aurait remplacé mécaniquement le Juif médiéval ou si Benjamin Netanyahu serait devenu littéralement le nouveau Satan, formulation caricaturale qui détruirait précisément ce qu’il s’agit de comprendre, mais de se demander quelque chose de beaucoup plus subtil et peut-être beaucoup plus inquiétant : une civilisation qui ne croit plus au diable a-t-elle pour autant cessé d’éprouver le besoin de diaboliser ? -Rien ne permet de l’affirmer, et il est même permis de se demander si nous n’avons pas simplement remplacé le vocabulaire théologique du mal par son vocabulaire politique et humanitaire, si nous ne parlons plus de damnation mais de criminalité absolue, plus de Satan mais d’inhumanité, plus de peuple maudit mais d’État paria, tandis que le lexique s’est sécularisé sans que la fonction ait nécessairement disparu. -Et c’est là, finalement, que l’histoire de l’antisémitisme cesse d’être seulement l’histoire des Juifs pour devenir une interrogation sur les sociétés humaines elles-mêmes, car le besoin de donner un visage au mal ne nous renseigne jamais seulement sur celui que nous accusons : il nous renseigne aussi, et peut-être surtout, sur nous-mêmes, sur notre difficulté à supporter la complexité, à reconnaître que des victimes peuvent également devenir des acteurs, que des acteurs peuvent être simultanément coupables et menacés, qu’une guerre peut comporter des crimes sans être réductible au crime, qu’un peuple peut exercer une puissance tout en éprouvant une peur réelle et que l’Histoire, cette vieille ironiste que nous voudrions transformer en tribunal, refuse obstinément de distribuer les hommes entre innocents absolus et coupables absolus. -Le diable avait autrefois cette immense utilité de dispenser les hommes de comprendre entièrement le mal puisqu’il leur suffisait de savoir où celui-ci résidait, et l’Europe moderne, qui regarde avec un sourire de supériorité les gargouilles de ses cathédrales et les démons peints par ses ancêtres, ferait peut-être bien de se demander si elle a véritablement renoncé à cette commodité ou si, ayant chassé Satan du ciel, elle n’a pas simplement appris à le chercher parmi les hommes.
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Plus significative encore est l’asymétrie morale qui peut accompagner cette représentation, lorsque les violences des uns sont expliquées par leur histoire, leur humiliation, leur pauvreté, leur oppression ou leur désespoir tandis que celles d’Israël sont plus volontiers rapportées à une intention, comme si les premiers appartenaient encore au monde de la causalité historique alors que le second relèverait déjà du tribunal moral, les uns ayant des raisons, aussi monstrueuses parfois soient leurs actions, tandis que l’autre n’aurait plus que des intentions. -Expliquer n’est évidemment pas excuser, mais cette différence de méthode demeure révélatrice, car dès lors qu’un camp bénéficie spontanément de l’explication sociologique tandis que l’autre relève principalement du jugement moral, nous ne sommes déjà plus tout à fait dans la même grammaire intellectuelle et nous avons commencé, sans nécessairement nous en apercevoir, à distribuer les rôles avant d’examiner les faits. -C’est peut-être là que se situe la transformation la plus profonde de l’antique matrice puisque le Juif de l’Europe chrétienne était accusé de s’opposer à Dieu, celui de l’antisémitisme moderne de s’opposer à la nation, au peuple, à la race ou à la révolution, tandis qu’Israël peut désormais être accusé de s’opposer à quelque chose de plus vaste encore et de plus indiscutable : l’humanité elle-même. -Le déplacement est considérable, parce qu’il témoigne du passage d’une société religieuse à une société humanitaire dont le principe moral suprême n’est plus le salut mais la protection de la victime, et dans laquelle la figure du mal absolu n’est plus l’hérétique ou l’infidèle mais le bourreau, celui sur lequel peuvent se concentrer toutes les indignations d’une époque qui ne croit plus au péché mais croit avec une ferveur intacte à l’innocence. -C’est précisément pourquoi la question palestinienne possède une puissance symbolique qui excède largement ses dimensions géopolitiques, puisqu’elle offre aux regards occidentaux une scène presque parfaite : un peuple perçu comme faible face à un État perçu comme puissant, des images de destructions et de victimes civiles, une armée moderne face à une population privée d’État souverain, tout concourant à produire cette dramaturgie morale immédiatement intelligible dont notre époque, saturée d’informations mais affamée de certitudes, éprouve un besoin presque religieux. Israël risque alors de ne plus être perçu comme une société historique traversée de contradictions, de peurs, de divisions politiques et de traumatismes, mais comme la puissance, tandis que le Palestinien risque inversement de ne plus être perçu comme membre d’une société elle-même traversée de courants religieux, politiques, nationalistes et militaires contradictoires, mais comme la victime, et dès lors chacun cesse progressivement d’être un sujet historique pour devenir le personnage d’une représentation morale où l’un est coupable par fonction et l’autre innocent par définition. -Nous retrouvons ainsi, sous des habits radicalement nouveaux et dans une société qui se croit délivrée des mythologies anciennes, l’un des mécanismes les plus archaïques de la pensée humaine : la distribution préalable des rôles, cette merveilleuse économie intellectuelle grâce à laquelle on peut juger les événements avant même de les connaître puisque chacun y occupe déjà la place qui lui a été assignée. -C’est pourquoi l’intensité particulière de certaines mobilisations autour d’Israël mérite d’être interrogée sans que cette interrogation dispense en rien d’examiner ce qu’Israël fait réellement, et la question pertinente n’est donc pas cette éternelle et assez pauvre interrogation — « Peut-on critiquer Israël ? » — puisque bien évidemment on le peut, mais celle, beaucoup plus dérangeante, qui consiste à demander pourquoi Israël occupe, dans une partie de la conscience occidentale, une place symbolique aussi disproportionnée par rapport à sa dimension géographique, démographique et stratégique. -Pourquoi ce conflit devient-il si aisément le conflit par excellence, pourquoi tant de guerres infiniment plus meurtrières ne produisent-elles pas la même mobilisation durable des consciences, pourquoi le vocabulaire employé à propos d’Israël tend-il si rapidement vers les catégories ultimes — nazisme, génocide, extermination, mal absolu — là où tant d’autres tragédies demeurent décrites dans le langage beaucoup plus gris, beaucoup moins exaltant, de la diplomatie et de la géopolitique ?
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Replying to @WeWillWin555
Car Israël n’est pas toujours traité comme un État ordinaire dont il faudrait examiner les actes particuliers, replacer les décisions dans leurs circonstances, mesurer les contraintes, évaluer les fautes et déterminer les responsabilités ; dans une partie du discours contemporain, il tend à devenir une catégorie morale dont les décisions ne sont plus seulement discutées mais rapportées à une intention générale, dont les fautes ne sont plus seulement des fautes mais les manifestations d’une essence, et dont la guerre elle-même ne serait plus une guerre dont on pourrait discuter les nécessités, les objectifs, les erreurs, les excès et les conséquences humaines, mais la révélation presque métaphysique d’une nature criminelle. C’est exactement à cet endroit qu’il faut regarder, avec cette méfiance que devrait inspirer à tout Européen la facilité avec laquelle son continent a plusieurs fois transformé la politique en théologie. Car la diabolisation ne commence pas nécessairement avec la violence du vocabulaire, et l’on peut accuser un gouvernement de crimes terribles sans pour autant diaboliser un peuple ou un État ; elle commence lorsque disparaît la possibilité même d’une causalité ordinaire, lorsqu’un État n’agit plus pour des raisons stratégiques, militaires, économiques, idéologiques ou électorales, lorsqu’il ne peut plus se tromper, mentir, calculer, échouer ou même commettre un crime comme les autres États peuvent le faire, mais qu’il agit parce qu’il serait mauvais, ses actes n’étant plus les objets du jugement mais les preuves d’une nature déjà condamnée. La distinction est capitale, car elle permet notamment de comprendre la place singulière prise par Benjamin Netanyahu dans certains imaginaires politiques contemporains où il ne s’agit plus toujours de discuter son gouvernement, sa coalition, sa stratégie militaire ou sa conception de la sécurité israélienne, mais de faire de sa personne une sorte de personnage métapolitique sur lequel viennent se déposer des significations excédant considérablement l’homme et son action : Netanyahu le sanguinaire, Netanyahu l’obstacle absolu à toute paix possible, Netanyahu poursuivant nécessairement la guerre pour des raisons exclusivement personnelles, Netanyahu enfin comme incarnation d’une volonté destructrice dont Israël lui-même deviendrait l’instrument. Cela ne signifie évidemment pas que chacune des accusations formulées contre lui soit fausse, et c’est même précisément l’inverse qu’il faut comprendre puisque la diabolisation n’a nul besoin que tous les reproches soient inventés pour fonctionner : elle utilise des faits, des fautes réelles, des décisions contestables, des morts bien réels et des souffrances qu’il serait indécent de nier, mais elle les enferme dans un système où ils deviennent les preuves successives d’une culpabilité établie avant même leur examen. C’est ici que la comparaison historique avec l’ancienne figure du Juif devient intéressante, à condition de ne pas la transformer en équivalence mécanique, car ce qui se répète n’est évidemment ni le contexte, ni le langage, ni même le contenu des accusations, mais quelque chose de plus profond et de plus difficile à saisir : la structure. Hier, le Juif pouvait être rendu responsable de malheurs dont les causes étaient multiples et souvent incompréhensibles ; aujourd’hui, Israël peut, dans certaines représentations, devenir l’explication privilégiée d’un désordre moyen-oriental dont chacun sait pourtant qu’il engage des conflits religieux, nationaux, ethniques, impériaux et géopolitiques infiniment plus vastes, avec les rivalités entre sunnites et chiites, les ambitions iraniennes et turques, l’effondrement de plusieurs États arabes, les guerres civiles, le djihadisme et les affrontements entre puissances régionales qui existent indépendamment de l’État hébreu, tandis qu’une étrange réduction de la complexité finit parfois par faire croire que la résolution de la question israélo-palestinienne équivaudrait presque à la guérison du Moyen-Orient.
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La modernité aurait dû détruire cette structure ; elle l’a surtout sécularisée. Lorsque Dieu s’efface progressivement du langage politique européen, Satan s’efface avec lui, mais l’ancienne architecture demeure disponible et se remplit de mots nouveaux : on ne parle plus de peuple maudit, de synagogue de Satan ou d’agents du démon, mais de puissance occulte, de domination financière, de complot, de manipulation des gouvernements, des banques ou des journaux, et le vocabulaire change tandis que demeure cette extraordinaire faculté attribuée au Juif d’être partout sans être visible, minoritaire tout en étant omnipotent, persécuté tout en étant secrètement maître du monde. Le passage de l’antijudaïsme chrétien à l’antisémitisme moderne ne constitue donc pas une simple continuité idéologique, comme si les mêmes croyances avaient traversé intactes les siècles ; il représente quelque chose de beaucoup plus troublant, à savoir la conservation d’une fonction sous la transformation de ses justifications, le vieux besoin de désigner celui par qui le mal arrive survivant aux théologies qui lui avaient autrefois fourni ses images. C’est précisément cette distinction qui permet d’aborder la question contemporaine d’Israël sans tomber dans les simplifications auxquelles elle donne lieu de part et d’autre, car il serait évidemment absurde de soutenir que la critique d’Israël serait en elle-même antisémite, Israël étant un État dont les gouvernements prennent des décisions politiques et militaires qui doivent pouvoir être approuvées, contestées, combattues ou condamnées, tandis que Benjamin Netanyahu est un dirigeant politique dont les choix, les alliances, les stratégies et les responsabilités doivent pouvoir être discutés avec la même liberté, et la même sévérité s’il le faut, que ceux de n’importe quel autre chef de gouvernement. Mais le problème commence précisément lorsque cette banalité disparaît.
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Charled Rojzman o͏d͏e͏r͏t͏o͏n͏p͏S͏s͏3͏u͏r͏t͏u͏8͏h͏9͏9͏0͏2͏b͏v͏e͏ ͏g͏e͏8͏ ͏4͏3͏2͏8͏a͏n͏7͏ ͏e͏m͏t͏2͏1͏m͏4͏à͏6͏3͏m͏o͏a͏3͏ ͏9͏L͏:͏u͏7͏0͏1͏7͏ ·Contenu IA·il y a 5 joursDimanche 1 novembre 2026 à 23:33 DU JUIF DIABOLIQUE À L’ÉTAT DIABOLIQUE Il faut partir de ce paradoxe, qui devrait nous inquiéter davantage qu’il ne le fait : l’Europe s’est débarrassée du diable avec la satisfaction un peu naïve des civilisations qui croient avoir vaincu leurs fantômes parce qu’elles ont cessé de prononcer leur nom, elle a rangé Satan parmi les accessoires poussiéreux de son enfance chrétienne, avec les enfers peints sur les tympans des cathédrales, les démons grimaçants des fresques romanes et les sermons sur la damnation éternelle, mais elle n’a nullement renoncé à ce besoin beaucoup plus ancien, beaucoup plus profond et sans doute indéracinable qui consiste à donner au mal un visage humain, afin de pouvoir le montrer du doigt, le haïr sans remords et, surtout, se croire soi-même du bon côté. C’est pourquoi l’histoire de l’antisémitisme telle que Léon Poliakov l’a patiemment reconstituée nous concerne bien davantage que ne le laisse penser notre bonne conscience moderne, laquelle aime à contempler les haines anciennes comme on visite un musée des horreurs dont on serait définitivement sorti. Poliakov ne raconte pas seulement les aberrations d’un passé religieux heureusement révolu ; il met au jour quelque chose de plus profond et de plus dérangeant, une mécanique de l’imaginaire collectif. L’histoire commence par une contradiction théologique dont les conséquences furent immenses puisque le christianisme, né du judaïsme, héritier de ses Écritures, de ses prophètes, de son Dieu, de son attente messianique et jusqu’à cette idée extraordinaire d’une histoire humaine orientée vers un accomplissement, dut cependant affronter ce fait insupportable que le peuple même qui avait porté cette Révélation refusait majoritairement de reconnaître celui que la nouvelle religion proclamait comme son accomplissement. Comment ceux qui avaient reçu la promesse pouvaient-ils ne pas reconnaître sa réalisation, comment le peuple de l’Alliance pouvait-il demeurer sourd à celui que les chrétiens proclamaient Messie, comment, surtout, expliquer cette persistance juive qui opposait à la nouvelle vérité chrétienne le simple scandale de sa continuation ? La solution historique apportée à cette contradiction devait être lourde de conséquences, puisque le désaccord doctrinal devint progressivement une faute morale, la faute un endurcissement, l’endurcissement la marque d’une disposition mauvaise, et cette disposition mauvaise finit par rejoindre l’univers démonologique où le Juif ne fut plus seulement celui qui se trompait, mais celui qui refusait volontairement de reconnaître ce qu’au fond il savait être vrai. Dès lors qu’on lui prêtait simultanément la connaissance de la vérité et le refus obstiné de cette vérité, son erreur cessait d’être une erreur humaine, c’est-à-dire susceptible d’explication, de discussion ou de pardon, pour devenir une volonté du mal, et c’est dans ce passage presque imperceptible du faux au mauvais, puis du mauvais au démoniaque, que se constitue une des matrices les plus durables de l’imaginaire européen.
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La réponse ne saurait être unique, et il faut se garder ici de cette facilité que l’on reproche précisément aux autres : l’histoire coloniale européenne, la puissance des images, l’importance géopolitique du Moyen-Orient, la présence de populations juives et musulmanes importantes dans les sociétés occidentales, la mémoire de la Shoah, les héritages de la décolonisation et la diffusion mondiale de la cause palestinienne jouent évidemment leur rôle, et prétendre réduire cette mobilisation à une survivance de l’antisémitisme serait une sottise symétrique de celle qui consiste à prétendre que l’histoire de l’antisémitisme n’y joue jamais aucun rôle. -Mais il serait tout de même curieux, et même historiquement extravagant, que deux millénaires de représentations occidentales du Juif ne comptassent soudain pour rien dès lors qu’il est question de l’État juif. C’est précisément ce que Poliakov nous oblige à considérer, lui qui nous apprend que les grandes représentations collectives ne disparaissent pas lorsque disparaissent les croyances qui les ont fait naître, mais qu’elles migrent, se métamorphosent, changent de vocabulaire et de justification, au point qu’une société peut reproduire une structure ancienne tout en étant persuadée d’avoir rompu radicalement avec elle. -C’est peut-être même la forme la plus parfaite de la survivance idéologique : celle qui ignore son propre passé et se présente comme son contraire. -Notre époque se croit immunisée contre l’ancien antisémitisme précisément parce qu’elle en connaît les conséquences monstrueuses ; elle ne parlerait plus de peuple déicide, ne représenterait plus le Juif sous les traits grotesques des sculptures médiévales, condamne officiellement les théories raciales, commémore les victimes de la Shoah, enseigne Auschwitz dans ses écoles et multiplie les déclarations solennelles contre l’antisémitisme, comme si la connaissance du crime garantissait automatiquement contre la répétition de certains mécanismes qui l’avaient rendu possible. -Mais l’Histoire ne revient jamais avec les mêmes vêtements, faute de quoi elle serait beaucoup trop facile à reconnaître. La question véritable n’est donc pas de savoir si l’Israélien aurait remplacé mécaniquement le Juif médiéval ou si Benjamin Netanyahu serait devenu littéralement le nouveau Satan, formulation caricaturale qui détruirait précisément ce qu’il s’agit de comprendre, mais de se demander quelque chose de beaucoup plus subtil et peut-être beaucoup plus inquiétant : une civilisation qui ne croit plus au diable a-t-elle pour autant cessé d’éprouver le besoin de diaboliser ? -Rien ne permet de l’affirmer, et il est même permis de se demander si nous n’avons pas simplement remplacé le vocabulaire théologique du mal par son vocabulaire politique et humanitaire, si nous ne parlons plus de damnation mais de criminalité absolue, plus de Satan mais d’inhumanité, plus de peuple maudit mais d’État paria, tandis que le lexique s’est sécularisé sans que la fonction ait nécessairement disparu. -Et c’est là, finalement, que l’histoire de l’antisémitisme cesse d’être seulement l’histoire des Juifs pour devenir une interrogation sur les sociétés humaines elles-mêmes, car le besoin de donner un visage au mal ne nous renseigne jamais seulement sur celui que nous accusons : il nous renseigne aussi, et peut-être surtout, sur nous-mêmes, sur notre difficulté à supporter la complexité, à reconnaître que des victimes peuvent également devenir des acteurs, que des acteurs peuvent être simultanément coupables et menacés, qu’une guerre peut comporter des crimes sans être réductible au crime, qu’un peuple peut exercer une puissance tout en éprouvant une peur réelle et que l’Histoire, cette vieille ironiste que nous voudrions transformer en tribunal, refuse obstinément de distribuer les hommes entre innocents absolus et coupables absolus. -Le diable avait autrefois cette immense utilité de dispenser les hommes de comprendre entièrement le mal puisqu’il leur suffisait de savoir où celui-ci résidait, et l’Europe moderne, qui regarde avec un sourire de supériorité les gargouilles de ses cathédrales et les démons peints par ses ancêtres, ferait peut-être bien de se demander si elle a véritablement renoncé à cette commodité ou si, ayant chassé Satan du ciel, elle n’a pas simplement appris à le chercher parmi les hommes.
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Plus significative encore est l’asymétrie morale qui peut accompagner cette représentation, lorsque les violences des uns sont expliquées par leur histoire, leur humiliation, leur pauvreté, leur oppression ou leur désespoir tandis que celles d’Israël sont plus volontiers rapportées à une intention, comme si les premiers appartenaient encore au monde de la causalité historique alors que le second relèverait déjà du tribunal moral, les uns ayant des raisons, aussi monstrueuses parfois soient leurs actions, tandis que l’autre n’aurait plus que des intentions. -Expliquer n’est évidemment pas excuser, mais cette différence de méthode demeure révélatrice, car dès lors qu’un camp bénéficie spontanément de l’explication sociologique tandis que l’autre relève principalement du jugement moral, nous ne sommes déjà plus tout à fait dans la même grammaire intellectuelle et nous avons commencé, sans nécessairement nous en apercevoir, à distribuer les rôles avant d’examiner les faits. -C’est peut-être là que se situe la transformation la plus profonde de l’antique matrice puisque le Juif de l’Europe chrétienne était accusé de s’opposer à Dieu, celui de l’antisémitisme moderne de s’opposer à la nation, au peuple, à la race ou à la révolution, tandis qu’Israël peut désormais être accusé de s’opposer à quelque chose de plus vaste encore et de plus indiscutable : l’humanité elle-même. -Le déplacement est considérable, parce qu’il témoigne du passage d’une société religieuse à une société humanitaire dont le principe moral suprême n’est plus le salut mais la protection de la victime, et dans laquelle la figure du mal absolu n’est plus l’hérétique ou l’infidèle mais le bourreau, celui sur lequel peuvent se concentrer toutes les indignations d’une époque qui ne croit plus au péché mais croit avec une ferveur intacte à l’innocence. -C’est précisément pourquoi la question palestinienne possède une puissance symbolique qui excède largement ses dimensions géopolitiques, puisqu’elle offre aux regards occidentaux une scène presque parfaite : un peuple perçu comme faible face à un État perçu comme puissant, des images de destructions et de victimes civiles, une armée moderne face à une population privée d’État souverain, tout concourant à produire cette dramaturgie morale immédiatement intelligible dont notre époque, saturée d’informations mais affamée de certitudes, éprouve un besoin presque religieux. Israël risque alors de ne plus être perçu comme une société historique traversée de contradictions, de peurs, de divisions politiques et de traumatismes, mais comme la puissance, tandis que le Palestinien risque inversement de ne plus être perçu comme membre d’une société elle-même traversée de courants religieux, politiques, nationalistes et militaires contradictoires, mais comme la victime, et dès lors chacun cesse progressivement d’être un sujet historique pour devenir le personnage d’une représentation morale où l’un est coupable par fonction et l’autre innocent par définition. -Nous retrouvons ainsi, sous des habits radicalement nouveaux et dans une société qui se croit délivrée des mythologies anciennes, l’un des mécanismes les plus archaïques de la pensée humaine : la distribution préalable des rôles, cette merveilleuse économie intellectuelle grâce à laquelle on peut juger les événements avant même de les connaître puisque chacun y occupe déjà la place qui lui a été assignée. -C’est pourquoi l’intensité particulière de certaines mobilisations autour d’Israël mérite d’être interrogée sans que cette interrogation dispense en rien d’examiner ce qu’Israël fait réellement, et la question pertinente n’est donc pas cette éternelle et assez pauvre interrogation — « Peut-on critiquer Israël ? » — puisque bien évidemment on le peut, mais celle, beaucoup plus dérangeante, qui consiste à demander pourquoi Israël occupe, dans une partie de la conscience occidentale, une place symbolique aussi disproportionnée par rapport à sa dimension géographique, démographique et stratégique. -Pourquoi ce conflit devient-il si aisément le conflit par excellence, pourquoi tant de guerres infiniment plus meurtrières ne produisent-elles pas la même mobilisation durable des consciences, pourquoi le vocabulaire employé à propos d’Israël tend-il si rapidement vers les catégories ultimes — nazisme, génocide, extermination, mal absolu — là où tant d’autres tragédies demeurent décrites dans le langage beaucoup plus gris, beaucoup moins exaltant, de la diplomatie et de la géopolitique ?
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Car Israël n’est pas toujours traité comme un État ordinaire dont il faudrait examiner les actes particuliers, replacer les décisions dans leurs circonstances, mesurer les contraintes, évaluer les fautes et déterminer les responsabilités ; dans une partie du discours contemporain, il tend à devenir une catégorie morale dont les décisions ne sont plus seulement discutées mais rapportées à une intention générale, dont les fautes ne sont plus seulement des fautes mais les manifestations d’une essence, et dont la guerre elle-même ne serait plus une guerre dont on pourrait discuter les nécessités, les objectifs, les erreurs, les excès et les conséquences humaines, mais la révélation presque métaphysique d’une nature criminelle. C’est exactement à cet endroit qu’il faut regarder, avec cette méfiance que devrait inspirer à tout Européen la facilité avec laquelle son continent a plusieurs fois transformé la politique en théologie. Car la diabolisation ne commence pas nécessairement avec la violence du vocabulaire, et l’on peut accuser un gouvernement de crimes terribles sans pour autant diaboliser un peuple ou un État ; elle commence lorsque disparaît la possibilité même d’une causalité ordinaire, lorsqu’un État n’agit plus pour des raisons stratégiques, militaires, économiques, idéologiques ou électorales, lorsqu’il ne peut plus se tromper, mentir, calculer, échouer ou même commettre un crime comme les autres États peuvent le faire, mais qu’il agit parce qu’il serait mauvais, ses actes n’étant plus les objets du jugement mais les preuves d’une nature déjà condamnée. La distinction est capitale, car elle permet notamment de comprendre la place singulière prise par Benjamin Netanyahu dans certains imaginaires politiques contemporains où il ne s’agit plus toujours de discuter son gouvernement, sa coalition, sa stratégie militaire ou sa conception de la sécurité israélienne, mais de faire de sa personne une sorte de personnage métapolitique sur lequel viennent se déposer des significations excédant considérablement l’homme et son action : Netanyahu le sanguinaire, Netanyahu l’obstacle absolu à toute paix possible, Netanyahu poursuivant nécessairement la guerre pour des raisons exclusivement personnelles, Netanyahu enfin comme incarnation d’une volonté destructrice dont Israël lui-même deviendrait l’instrument. Cela ne signifie évidemment pas que chacune des accusations formulées contre lui soit fausse, et c’est même précisément l’inverse qu’il faut comprendre puisque la diabolisation n’a nul besoin que tous les reproches soient inventés pour fonctionner : elle utilise des faits, des fautes réelles, des décisions contestables, des morts bien réels et des souffrances qu’il serait indécent de nier, mais elle les enferme dans un système où ils deviennent les preuves successives d’une culpabilité établie avant même leur examen. C’est ici que la comparaison historique avec l’ancienne figure du Juif devient intéressante, à condition de ne pas la transformer en équivalence mécanique, car ce qui se répète n’est évidemment ni le contexte, ni le langage, ni même le contenu des accusations, mais quelque chose de plus profond et de plus difficile à saisir : la structure. Hier, le Juif pouvait être rendu responsable de malheurs dont les causes étaient multiples et souvent incompréhensibles ; aujourd’hui, Israël peut, dans certaines représentations, devenir l’explication privilégiée d’un désordre moyen-oriental dont chacun sait pourtant qu’il engage des conflits religieux, nationaux, ethniques, impériaux et géopolitiques infiniment plus vastes, avec les rivalités entre sunnites et chiites, les ambitions iraniennes et turques, l’effondrement de plusieurs États arabes, les guerres civiles, le djihadisme et les affrontements entre puissances régionales qui existent indépendamment de l’État hébreu, tandis qu’une étrange réduction de la complexité finit parfois par faire croire que la résolution de la question israélo-palestinienne équivaudrait presque à la guérison du Moyen-Orient.
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